De l’intérêt d’une capacité amphibie

Nous l’avons vu, de nombreux pays (USA, Chine, Canada, UK…) rajeunissent ou tout simplement développent une “capacité amphibie”. Pourquoi ?

Dans l’esprit commun, une opération amphibie se résume à ce que nos grands-parents ont vécu le 6 juin 1944 : une vague massive de jeunes soldats valeureux et un commandement qui a anticipé les pertes nombreuses sous le feu ennemi (pour mémoire, plus de 10 000 morts chez les alliés). Comme le rappelle le colonel Dufour dans son article de 2014 (L’Economiste) : “La raison conseillerait d’opérer seulement dans le cadre d’un conflit de faible intensité”, car il est en effet utopique de penser pouvoir débarquer et parachuter des troupes compte tenu de l’efficacité et de la précision de nos armements modernes, et de ceux de l’ennemi… En effet, malgré la valeur des soldats allemands, la portée efficace de leur canon de 88mm en 1944 permettait aux bâtiments d’approcher sans trop de souci ( 59 navires coulés sur plus de 6000 c’est peu !). Que dire de l’efficacité du Panzerschreck… L’ère moderne et ses missiles anti-navire de portée minimum de 40 nautiques ralentiraient fortement cette progression pendant que les missiles Sol-Air s’occuperaient de nos “Slow Flyers”.

Aujourd’hui, la manoeuvre amphibie, doit avant tout répondre, et c’est ce que rappelle l’OTAN en 2010 dans son “Concept stratégique”, au besoin de mobilité rapide des forces armées qui doivent non plus se préparer à la confrontation statique entre deux blocs mais bien répondre au besoin d’intervention rapide dans les zones de conflits émergentes et nombreuses. Un pays membre de l’OTAN pourrait bien sûr s’appuyer sur les capacités américaines puisque finalement les interventions se font dans le cadre de coalitions. Mais ce serait perdre son indépendance dans ce domaine. C’est ce que rappelle fort justement Christopher Hartwick dans la Revue Militaire Canadienne l’hiver dernier, peu après l’exercice “Trident Juncture 2015” : l’intérêt de posséder sa propre capacité amphibie permet “d’améliorer l’interopérabilité des forces multinationales, de réduire le recours aux forces des nations alliées et d’accroître (notre) contribution aux opérations internationales”.

On comprend donc tout particulièrement pour une nation comme la France, le besoin non seulement de posséder cette capacité mais également de la maîtriser d’une part pour la défense de ses intérêts à l’étranger et d’autre part pour asseoir sa position au sein de l’OTAN et de l’Union Européenne. La situation africaine, la situation au Proche-Orient ne peuvent que renforcer cette volonté de développement d’une force amphibie cohérente et que vient efficacement compléter un Groupe Aéronavale pour créer une “force expéditionnaire”, comme le rappelle le contre-amiral Chaperon dans sa présentation de l’exercice CATAMARAN 2014.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s