L’Exception française

Alors que la majorité de nos alliés, et les autres, appuient leur structure amphibie principalement sur la Marine – on pense immédiate au corps des US Marines, mais également aux espagnols qui consacrent une grande partie de la formation des fusilliers marins à l’amphibie – la France s’attache à distinguer d’un côté la Marine Nationale composée de ses 3 BPC, de sa flottille amphibie pour la batellerie, et de l’autre la “ brigade amphibie” de l’Armée de Terre c’est à dire les troupes des 6ème BLB et 9ème BIMAappuyés par la 4ème brigade aéromobile.

Revenons un peu en arrière pour comprendre ce schéma et regardons avec précision les débats des XVIII et XIXèmes siècles sur les troupes coloniales et les troupes de marine : le retour de la République en 1880 et sa volonté d’instaurer des troupes en dehors du territoire métropolitain (loi du 7 juillet 1900 qui crée les troupes coloniales) a mis un terme au lien existant entre les Régiments d’Infanterie de Marine et les bâtiments (auparavant le choix francais s’était porté sur le renforcement des capacités de la Marine par les soldats de l’Armée de Terre afin d’armer les canons). Peut-être refroidie par les échecs des nombreuses tentatives de débarquement comme les Dardanelles en 1915, la France s’est toujours interdit de parler “d’opérations amphibies”alors que depuis 1665 les Royal Marines sont spécialisés dans ce domaine et ont connu de beaux succès (Malouines 1982).

Il faudra attendre le Livre Blanc de 1994 pour que la France mentionne enfin le besoin d’un capacité amphibie réelle et abandonne les termes de la directive de 1980 qui précisait que la Marine devait pouvoir “mettre à terre sur une côte non équipée et non tenue par l’ennemi”. Ce changement, qui correspond à la fin de la Guerre Froide a permis d’aboutir tout d’abord au Concept National des Opérations Amphibies (CNOA) en 1997 puis à la Doctrine des opérations amphibies en 2002, On parle alors de “côte hostile ou potentiellement hostile”, de “changement de milieu” et on recherche une organisation qui s’appuie sur l’existant. Côté Marine on s’équipe de bâtiments amphibies (les TCD en 1990 et 1998) et l’Armée de Terre crée la Brigade Amphibie.

Ainsi c’est un héritage culturel très ancré qui nous différencie aujourd’hui de l’ensemble de nos alliés européens ou otaniens. On peut y voir un avantage : celui d’une Armée de Terre forte en nombre et en matériel, mais qui, plus encore aujourd’hui avec Sentinelle, n’a ni le temps ni la vocation “pure” à conduire des manoeuvres amphibies. Le revers de la médaille est la non, ou du moins la faible, spécialisation des hommes dans un domaine où les connaissances et l’entraînement sont primordiaux. L’Armée de Terre avait fait le choix de gréer le CATF (Commander Amphibious Task Force) avec un des 4 EMF (Etat-Major de Force), à tour de rôle. Comment avoir une réelle expérience amphibie en réalisant au mieux un exercice tous les 4 ans ? L’évolution récente de sa structure vers “Au contact” ne renforce pas la position du combat amphibie. Il en va de même dans la Marine Nationale avec l’absence de considération de l’Amphibie comme un domaine de lutte à part entière, au même titre que la Lutte Sous Marine, la Lutte Anti-Navire, etc.

Il ne faut cependant pas dénigrer l’efficacité du couple Armée de Terre/Marine Nationale qui fait régulièrement ses preuves en exercices interalliés, encore récemment lors de « Emerald Move 2016 », mais il gagnerait en efficience et en cohérence en identifiant clairement le “pool”, les spécialistes terriens et marins de ce domaine de lutte pour devenir la référence notamment au sein de l’Initiative Amphibie Européenne.

2 réflexions sur “L’Exception française

  1. Pourtant la France a une longue expérience dans ce type d’opération, histoire méconnue il est vrai. Les conflits de pouvoir entre la Marine et l’Armée jalonnent cette histoire, avec le résultat que les troupes de la Marine ont souvent été aspirées par l’Armée. D’où sans doute une méfiance des marins, pourtant il y a eu des partisans de l’amphibie dans la Marine, l’Amiral Barjot par exemple, et dans les années 50 / 60 les fusiliers pouvaient opter soit pour la branche commando soit pour la branche amphibie.

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    • Vous faîtes allusion à la flottille amphibie, à l’origine composée de fusiliers marins. Peut-on vraiment parler de révolution amphibie française ? Il y a encore du chemin.

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