État Le Corps expéditionnaire fait-il tout ?

Au cours de son histoire passée, et plus récente, la France a mis en place des “ corps expéditionnaires” afin de répondre au besoin d’une intervention rapide en dehors de ses frontières. On pense bien évidemment aux troupes françaises arrivées en 1780 sur le sol américain pour défendre nos nouveaux alliés, ou bien encore celles débarquant en Scandinavie en 1940. Ces corps expéditionnaires, regroupant les capacités terrestres idoines pour intervenir (Infanterie, chars, artillerie, etc.) sont souvent citées dans les ouvrages comme ayant “débarquées” sur les côtes de tel ou tel pays. Qu’en est-il vraiment et peut-on considérer ces “CE” comme une véritable capacité amphibie ?

Ces questions viennent tout simplement à l’esprit lorsque l’on s’intéresse de près au CJEF (Combat Joint Expeditionnary Force) franco britannique créée au début des années 2010. Ainsi les corps expéditionnaires passés semblaient principalement s’intéresser à la partie terrestre de leur mission avec une vision très française de l’intervention où l’on débarque “sans souffrance” les troupes. Justement ces troupes ont-elles réellement plagé ? En 1780, la force est entrée dans la rade de Newport pour débarquer “ tranquillement” à quai, loin du feu ennemi. La CEFEO, en Extrême Orient, utilisait certes des engins de débarquement mais ne pouvait prétendre à quelconque assaut amphibie, malgré le rôle fondamental de la Flottille Amphibie pour la reprise de nombreuses villes indochinoises. La suite se transforme plus en opérations fluviales, lagunaires très spécifiques, loin de la doctrine amphibie actuelle mais sur lesquelles nous reviendrons.

Fort heureusement la CJEF, fruit de la réflexion franco-britannique a bénéficié de la culture britannique, très maritime, qui se ressent dans le traité de Lancaster et dans les prémisses de sa création : “We will develop a Combined Joint Expeditionary Force suitable for a wide range of scenarios, up to and including high intensity operations. It will involve all three Services: there will be a land component comprised of formations at national brigade level, maritime and air components with their associated Headquarters, and logistics and support functions.” L’ambition d’impliquer la Marine est donc clairement avancée mais est à relativiser lorsque l’on poursuit la lecture du document : We will begin with combined air and land exercises during 2011 and will develop the concept before the next UK-France Summit and progress towards full capability in subsequent years.” La Marine et par delà, le concept purement amphibie ne sont plus évoqués. La concentration des forces pointe l’Armée de Terre, au moins dans les premiers pas du CJEF.

Les années suivantes ont défait cette crainte : les exercices qui se sont succédé ont plus que fortement impliqués les deux marines pour aboutir en 2016 à des déploiements “pour exercice” d’ampleur remarquable (pour l’Europe…) notamment Griffin Strike. L’objectif affiché est bien d’obtenir d’ici 2020 un Joint Maritime Task Group doté de capacités complètes. On regrettera pourtant la part très mince laissée aux opérations amphibies dans le “user guide” CJEF, qui les mentionne bien évidemment, mais renvoie aux concepts OTAN et rappellent simplement les différences de fonctionnement entre les 2 pays. Il démontre ainsi que si le Corps Expéditionnaire est un pré requis incontestable, les opérations amphibies nécessitent d’aller plus loin dans la coopération afin de prendre en considération leurs spécificités. Sans cet exercice, certes difficile, il faudra se contenter de ces quelques lignes “This means that amphibious issues are always developed at the joint level, although they are conducted in accordance with NATO doctrine”.

4 commentaires

  1. bonjour, je découvre votre site, très instructif sur la réflexion tactique et opératique. sur votre sujet, je ne pense pas que nos amrées soient pour ou contre le processus, engoncées dans la préservation d’un quelconque pré carré.
    comme vous semblez le soulignez , il y a une différence entre la projection d’un CE et l’engagement opérationnel d’une force directement depuis la mer, sous la forme d’un débarquement de vive force.
    il faut savoir conserver les fondamentaux , c’est indéniable et nos exercices conjoints sont de ce fait pertinents. mais car il y a un mais :
    1- ce type d’opération extrêmement complexe semble également hors de portée en termes de moyens et de capacité à produire un effet durable sur le terrain (au moins pour les nations européennes)
    2- la capaicté à durer suppose naturellement de projeter des forces et de les y maintenir le temps de produire un effet militaire. or, l’opération amphibie s’inscrit naturellement dans la phase préalable d’une manoeuvre plus vaste qui se traduit par une décision militaire, tout simplement parce qu’on ne débarque pas « ce vive force » pour faire de la contre insurrection ou de la stabilisation. or, aujourd’hui , est-ce dans nos capacités d’envisager une opération totalement cinétique qui s’incrirait dans la durée.
    3 – tout reste possible mais la nature des menaces à venir incite à pencher sur des opérations amphibies de « faible ampleur » à la jointure des opérations conventionnelles et spéciales (à la fois limitées mais néanmoins plus lourde que le raid commando). sans déterminer de format, je pense que le format 1500-2000 pour une période forcément très limitée qui se solde par un rembarquement à terme . de ce point de vue les modèle UK (la brigade RM) ou FR (deux brigades conventionnelles ayant cette capacité) me semblent bien dimensionné.
    pour conclure, oui la logique de CE a encore du sens et me semble bien répondre aux cadres généraux d’engagement. l’option ops amphibie doit être préservée mais sur des niches bien définies

    J'aime

  2. Çà doit faire dix ans que je réfléchis à la question, au début un fil de discussion dans un blog d’anciens de la Marine, et plus j’approfondis et plus je suis convaincu que ça ne marchera jamais, dans le cadre en vigueur. Pourtant, au sein de la MN il y a toutes les compétences pour ce faire, suffirait de pas grand chose pour optimiser tout ça…

    Aimé par 1 personne

  3. Griffin Strike 2016, si la Marine était bien présente : Cassard, La Motte-Picquet,Perle, Var, ATL2, Rafales et le Dixmude en navire amiral (EM 76 Français du FRMARFOR et de 41 Britanniques) et a contribué aux manœuvres amphibies des RM; l’AdT était, sauf erreur, totalement absente. Sa participation centrée sur la manœuvre terrestre (7e Blindée) Je crois que cela illustre bien la problématique.

    Je me régale avec vôtre blog 🙂

    NB Jusqu’à quel point, les Britanniques considèrent que l’on n’est pas au niveau, en termes de troupes amphibies…?

    J'aime

    • Oui, Griffin Strike 16 démontre tout le problème du « concept » (peut-on vraiment parler de concept?..) français. Le bicéphale a bien des difficultés à fonctionner !

      Merci pour vos compliments !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s