État Les lettres de noblesse de l’Amphibie, ou le mal-aimé des penseurs

Il est des domaines de lutte prestigieux : la lutte anti-aérienne en fait partie. La valeur des officiers de cette spécialité est reconnue, et c’est légitime. Elle requiert rapidité d’action, de décision, et des connaissances solides et certaines notamment en ce qui concerne le matériel. C’est un peu oublier que le Crabe Tambour tant vanté à l’Ecole Navale servait dans une division navale d’assaut en Indochine…
En créant ces distinctions, en créant ces classes d’élite, et en oubliant dans le dernier quart du XXème siècle la dominante Amphibie, on s’est privé d’un savoir-faire immense qu’ont su conserver de leur côté les Britanniques, les Espagnols et les Italiens. Il n’y a qu’à faire une recherche sur le site de la RDN (Revue de Défense Nationale) pour constater que peu s’y intéresse : 10 articles se battent en duel depuis 70 ans dont le dernier de 2014 – excellent article dont la lecture est à recommander – écrit par un officier hollandais qui tend à nous faire penser que la réflexion sur le domaine est loin d’avoir atteint sa vitesse de croisière. Sur le site, aucun article écrit dans les années 80-90, comme si l’Amphibie avait disparu des écrans de contrôle qu cours de cette période.
Et pourtant l’Amphibie, à l’instar des autres domaines de lutte, nécessite de belles qualités, et des connaissances spécifiques : des capacités de planifications, de compréhension du milieu interarmées, des connaissances techniques approfondies tant sur les bâtiments amphibies que sur les matériels déployés par l’Armée de terre, par l’ALAT, etc. A titre d’exemple, la complexité des opérations amphibies est telle que la formation spécifique au sein de l’armée espagnole dure une année entière. En d’autres termes, l’amphibie présente une complexité folle et à la fois intellectuellement fascinante. Existe-t-il d’autres domaines navals où la réflexion est nécessairement interarmées et interallliées ? Quel autre concept militaire écrit noir sur blanc « mettant en œuvre une force interamée » et précise que cette mise en œuvre « peut avoir lieu dans un cadre national comme dans un cadre multinational » (Cf. Concept National des Opérations Amphibies).
Elles sont ici les lettres de noblesse des opérations amphibies : elles sont non seulement un atout tactique indéniable pour toute opération moderne, comme elles le furent pour les opérations passées mais également un outil diplomatique, un outil de cohésion interarmée, une voie sûre de développement de la défense européenne aussi, à la condition de poursuivre son développement au sein de l’Armée de terre et de la Marine. Il y a beaucoup à faire, beaucoup à penser et les zones de conflit actuelles ne peuvent que renforcer cette impression.

9 commentaires

  1. @ Beachcomber. Une dimension importante, souvent ignorée en France, c’est que les officiers; de toutes les IM du monde sortent de Navale. Par exemple, 30% d’une promo de Annapolis va aux US Marines et ils suivent la même formation que leurs camarades « sailors », à l’exception des camps d’été (en ce moment la chaire navigation à l’Académie Navale est ténue par un Marine…) C’est le cas chez les Italiens, Espagnols, Hollandais (ces derniers, petite force mais pas la moins compétente) etc. A l’exception notable des RM qui forme ses officiers à la même école que la troupe, en plus long (une vieille histoire qui date du début 19e)

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    • Ok. Je croyais que les Rima étaient encadrés AdT, mais j’admets volontiers mon incompétence totale en la matière.
      Il me semblait pourtant qu’entre la Lybie, le Mali, le Yemen/Liban/Haïti, les BPC avaient fait preuve de leur polyvalence mais surtout les équipages (au sens large) avaient démontré un savoir faire dans 3 domaines distincts que sont les opérations aeros, le transport « tactique » (certes sans arrivée sur côte hostile), ou le lien terre / mer (dans les 2 sens) pour débarquer de l’humanitaire ou embarquer des civils en danger dans des zones sans réelle infrastructure.
      Je me doute bien que l’hostilité est plus difficile à gérer, mais j’ai du mal à comprendre en quoi cette compétence est si compliquée à acquérir…
      Je vais donc continuer à lire et je me permettrais peut être de vous interroger de nouveau.
      Merci encore, en tout cas, pour vos éclairages !

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      • Je ne crois pas que ce soit si difficile à faire. Un groupe d’assaut amphibie du Korps Mariner (Hollande) c’est 700 / 740 hommes; c’est un groupement autonome tout compris (assaut, log, appuis) Ils ont deux de ce gabarit. Soit, à quelque chose près, l’effectif d’un régiment.On pourrait imaginer, pour commencer, que nôtre AdT transforme un régiment sur cette base et que celui-ci soit mis pour emploi auprès de la MN (à la façon du 25e Génie Air) Après ce n’est qu’un problème d’entrainement/ spécialisation, de réorganisation des groupes et sections (du modèle méca moto au modèle infanterie légère)
        Mais, resterait le problème des officiers; « pêché originel » de nôtre IM historique (celle née vers 1825 / 1830) bien que celle-ci appartenait au Ministère de la Marine et des Colonies, le recrutement des officiers et de la troupe était « terrien » .
        Les opérations que vous citez ne sont pas vraiment significatives, du point de vue amphibie. Personne ne met en cause la capacité de transport opérationnel / expéditionnaire ; les opérations techniques spécialisées étant à la charge de la MN, troupes avancées, plongeurs démineurs, reconnaissance de plage etc.. il est ensuite relativement simple de débarquer les troupes en « touristes ».
        L’absence de troupe spécialisée, au sein de la MN, joue aussi, probablement, sur des arbitrages / choix, batellerie, calibre des canons marine, etc… Voir même sur la conception des BPC.
        NB pour la Lybie et l’ALAT, c’est un cas à part. Mais, on pourrait s’interroger sur son caractère « amphibie » . Si c’était incontestablement une action de projection de puissance vers la terre, au même titre que les tirs de canons, les missiles, les opérations aériennes du PA. Était-ce pour autant une opération amphibie / projection de forces?

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      • Merci, c’est à présent assez clair dans mon esprit.
        En gros cette compétence demande une spécialisation assez poussée que, budgetairement parlant, on ne juge pas indispensable au niveau des grands arbitres.
        Peut être que cet arbitrage se justifie par une conception « nucléaire » de la protection des DOM-TOM, et qu’en autre circonstance (intégrité national pas directement menacée), on peut considérer que nos forces interviendraient en 2eme rideau dans le cadre d’une coalition où les copains spécialistes du genre se chargeraient de passer les premiers …
        C’est sans doute celà la construction d’une Europe de la défense.

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  2. Donc à vous lire on a globalement le matériel et les hommes, mais pas la chaîne de décision.
    En simplifiant, bien sûr, un EM typé infanterie de Marine n’a pas la maîtrise suffisante de la mer et des bateaux, et un EM typé MN/Fusco n’a pas la maîtrise de l’infanterie de marine telle qu’elle est devenue (polyvalente à spécialisation « coloniale ») ?
    Vous parliez des espagnols et italiens : on constate une vraie différence pendant les exercices ?
    Merci en tout cas de vos réponses

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  3. Bonjour,
    Excusez une question peut être naïve d’un profane (néanmoins amariné).
    Partant du principe que les diffèrents intervenants (marins, terriens, volants) ont individuellement écrit, travaillé, testé, validé et remanié leurs concepts doctrinaux, et probablement fait évoluer leur matériels également.
    Partant du constat que les diffèrents exercices européens impliquent les nations en pointe de la spécialité et ont aussi pour but de valider les efforts et progrès des moins impliqués.
    Est-il illusoire de penser qu’en cas de besoin un pays comme la France, a priori pas au top de la spécialité, puisse ponctuellement et rapidement se mettre au niveau par un choix d’hommes adéquat et par un entraînement adapté ?

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    • Il faut bien voir 2 choses. En terme de matériel et d’entraînement la France est effectivement avancée et pourra répondre sans problème aux opérations, comme elle l’a fait par le passé. En revanche la reprise de vive force d’une côte n’est plus dans ses compétences alors que des pays comme l’Espagne, l’Italie ont conservé cette capacité grâce à une infanterie de Marine intégrée à la Marine et a un État-major dédié aux opérations amphibies.

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    • Ca serait comme vouloir organiser ponctuellement des parachutistes, des alpins ou des mécanisés 🙂 Les opérations amphibies ce sont des opérations très complexes, difficile de bricoler.

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