Le 3 Octobre 1968, le jour où tout changea

“La F.A.I. est dissoute”, ainsi commence l’article du Cols Bleus du 26 octobre 1968, finalement peu de temps après sa création en 1962. Fallait-il y voir un événement capital ?

Pour cela rappelons-nous de ce qu’était la Force Amphibie d’Intervention. Issue du Centre d’Intervention par Opérations Amphibies né au lendemain de la seconde guerre mondiale, La F.A.I. est une force permanente comme nous n’en connaissons plus aujourd’hui : un contre-amiral, ALPHIB, et ses adjoints “Terre” et “Air”, sont à la tête de plus de 700 hommes répartis au sein du groupe naval d’assaut, du groupe spécial amphibie, et de l’escadron de Troupe de Marine équipé de ses 24 LVT. On retrouve également une part importante de ces hommes au sein du Centre amphibie, qui apporte son soutien administratif et logistique à la force, force totalement indépendante, l’amiral à bord de son bâtiment de commandement « Malgache » ayant toutes les prérogatives d’un commandant de force navale. A l’époque, elle est le souffle totalement nouveau d’un domaine de lutte que la France découvre presque mais sent nécessaire compte tenu des conflits récents. Le pays souhaite donc évoluer, s’équiper en bâtiments spécialisés, former ces hommes. En 1952 la France proposera même à l’OTAN de former elle-même une quarantaine d’officiers des autres nations alliées à ce nouveau domaine qu’elle souhaite d’excellence dans son centre d’instruction flambant neuf. Le monde de l’Amphibie laisse entrevoir, enfin, toutes ces capacités à un pays qui n’a pas l’habitude de se tourner vers la mer.

Cela est sans compter les coupes budgétaires qui surviendront dès les premiers succès des essais de bombe H à l’été 1968. Le nucléaire est une priorité, la réorganisation des dépenses du ministère des Armées aussi et Messmer alors ministre considère que la conservation d’un seul centre amphibie, chargé de la formation et de la réflexion, est amplement suffisant. Deux mois à peine après un premier article précisant que « la F.A.I. est encore modeste mais susceptible de développement ultérieur » (10/08/1968), “La F.A.I. est dissoute”. Afin de conserver un fond de doctrine, un peu comme on conserve un fond documentaire qui prend la poussière, le Centre d’Études Amphibies naît à Lorient et vivotera jusqu’à la création de la Flottille Amphibie en 1993. Il se composera d’une petite cinquantaine d’hommes et disposera de « quelques » LCM.

Que faut-il voir derrière ce revirement de situation. Tout d’abord, et c’est là la principale perte, la France décide de renoncer à sa capacité de reprise de vive force d’une côte et de se consacrer uniquement au transport opérationnel. Cette capacité, 50 années plus tard, elle ne l’a toujours pas retrouvée alors que ses voisins italiens, espagnols et britanniques la conservent précieusement depuis des siècles. Enfin il faut surtout en tirer une conclusion intemporelle : perdre volontairement, ou non, une capacité militaire, c’est lui dire adieu !  On le voit à travers le CEA qui a permis de conserver la mémoire mais pas l’expérience. Il est des domaines très particuliers qui demandent des hommes d’expérience et aguerris, l’amphibie, au même titre que l’aéronavale, en fait partie.

Une réaction sur “Le 3 Octobre 1968, le jour où tout changea

  1. C’est effectivement le tournant et l’occasion manquée. On peut aussi se poser question : l’absence de pensée amphibie n’est peut être pas sans lien avec l’absence de force pour la porter.

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