De la nécessité de penser interarmée, Tentative de réponse au général Norlain

Dans le numéro de ce mois de la Revue de Défense Nationale, le général Bernard Norlain publie sur ce qu’il appelle « le Mythe du porte-avions ». S’appuyant sur cette œuvre superbe de Shakespeare qu’est le Roi Lear, il en vient à la conclusion que « vulnérable, couteux, il n’est plus réduit qu’à un rôle de composition (…) où les symboles de servent plus que de décors surannés ».
Très simplement et très humblement, puisque je n’ai ni les étoiles ni l’âge du général, je me permets une tentative de réponse en 3 actes, loin de la structure des pièces shakespeariennes, et qui évitera, je l’espère toute effusion de sang. « La vérité a un cœur tranquille » (Shakespeare, Richard II)
1er acte : les chiffres
On a l’habitude de dire que l’on fait dire ce que l’on veut aux chiffres. Mais cette affirmation n’est vraie que si on utilise les bons : ainsi ce ne sont pas 3000 hommes mais bien 2000 qui composent le porte-avions et qui ont effectué plus de 500 sorties sur 72 jours de mission en ce qui concerne Arromanches III. En 2016, l’armée de l’air a réalisé 4000 sorties sur 365 jours. En terme de ratio journalier, si on ajoute les vols de l’ATLII, la guerre de clochers semble inutile. Pour tenter une autre comparaison de chiffres puisque le général semble attaché aux couts d’utilisation : la Libye en 2011, c’est 4500 sorties françaises qui se répartissent en 3800 pour l’armée de l’air pour 20870 heures de vol et 1400 pour la Marine pour 5762 heures. Avec un vol moyen de 5,5 heures pour l’Armée de l’air contre 4 heures pour la Marine, on imagine rapidement que l’heure et demi « perdue » n’est que du ralliement de la zone d’opération. A 15 000 euros l’heure de Rafale, on arrive à 85 millions d’euros de « surcout » du à la distance du théâtre. Mais les chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut…

2ème acte : les missions
Un des reproches faits au porte-avions est d’ailleurs son cout d’utilisation. Après correction des chiffres, il pourrait certes s’avérer qu’il revient plus cher que le déploiement de « quatre appareils supplémentaires de la base aérienne jordanienne projetée en Jordanie ». Je ne sais pas, n’étant pas un spécialiste de l’Armée de l’air mais cela me semble étonnant – surtout lorsque l’on a mené un conflit de haute intensité comme la première guerre du Golfe – de faire passer les aspects monétaires avant l’efficacité. Posséder un porte-avions a un cout, c’est certain mais pour reprendre l’exemple du conflit libyen, le PA Charles De Gaulle a été déployé en moins de 2 jours devant les côtes libyennes, permettant à la France d’accroitre sa réactivité et ses capacités de frappe en attendant l’établissement, forcément plus lent, d’une base projetée de l’Armée de l’Air à la Sude (il faudra attendre pour cela le mois de juillet soit presque 4 mois après le début du conflit). Déployer une base, j’imagine encore…, nécessite de trouver le pays qui accepte une armée étrangère sur son territoire, qui autorise son survol et qui accepte les conséquences positives ou négatives sur sa diplomatie dans un contexte international difficile, particulièrement au Moyen-orient.

3ème acte : l’interarmisation
Mais pour tout vous avouer, j’ai été déçu de lire ces lignes de la RDN parce que j’avais l’impression que la tentative était d’abattre le cheval à terre, profitant de l’arrêt technique du porte-avions Charles De Gaulle pour souligner son inutilité. Guerre de clochers, course après des budgets ou tout simplement la gloire, une armée moderne passe par d’autres principes que ceux-ci. L’interarmisation nécessite une compréhension des fonctionnements et des enjeux de l’ensemble des protagonistes : comprendre qu’une frégate n’a pas la même vitesse qu’un Rafale ou qu’un fantassin et que leur finalité est différente mais complémentaire. J’aurais apprécié lire un « 5 étoiles » de l’Armée de l’air démontrant combien il était nécessaire d’avoir un second porte-avions pour assurer cette complémentarité avec l’Armée de l’air, complémentarité démontrée dans les conflits récents. En cela l’amphibie (je ne pouvais faire un article sans parler d’amphibie…) est un exemple à suivre : pas de succès sans supériorité aérienne, navale et terrienne, et donc sans la compréhension des enjeux et des fonctionnements de chacun. Le commandant d’un BPC, le chef de corps du régiment ou bien encore le chef de l’escadron de chasse, chacun peut penser son rôle indispensable. Il l’est ! Mais il l’est en complément du rôle de chacun, pour le succès des armes de la France.

Une réflexion sur “De la nécessité de penser interarmée, Tentative de réponse au général Norlain

  1. L’AdA est à l’offensive, la revue stratégique / nouveau LB approche 🙂 et ils veulent plus d’avions… Le discours interarmées reste « politiquement correct » tant qu’il n’est pas question de finances.
    Je trouve d’ailleurs la Marine bien « naïve » sur ce sujet. Exemples de promotion: « la frégate x des FAZSOI à conduit une action interarmées etc… Ou en amphibie, dans une publication MN, on ne va mettre que des photos du matériel et personnel AdT, à se demander s’ils travaillent pour le SIRPA Terre.
    VS la 1ere Cie du 2 RPIMA (éventuellement des FAZSOI s’ils y pensent…) à conduit une action de formation (assaut à la mer en particulier) des Commandos Marine Mauriciens (je n’invente rien) ainsi on apprend que les paras sont des spécialistes de l’assaut à la mer../ libération d’otages…

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